J’ai longtemps complexé de ne pas avoir de certitudes. J’évolue dans la publicité, un métier qui – comme les autres – se vit à mille à l’heure. Tout le monde court après le train du hype, du dernier trend (qui n’en est déjà plus un), ou du buzzword inventé hier et oublié demain (rassurez-moi, on dit encore buzzword?). Personne ne prend le temps de s’asseoir un instant pour contempler ce train et se questionner sur sa destination, le carburant qui actionne ses moteurs ou son prochain arrêt. Conjuguer son métier avec sens et critique, peu le peuvent et prou le prouvent.

La publicité, je connais. Pas mal.
La TV et la radio, je connais. Vite fait.
Le digital, je connais. Plutôt bien.
L’événementiel, je connais. De plus en plus.
L’affichage, je connais. Mieux.
Le social media, je connais. Comme toi.
Le positioning, le branding, le naming, le storytelling, l’automation marketing, le newsjacking, le AR’vertising, le sampling, le remarketing, le sponsoring, le fundraising, le reporting, le packaging, le gamevertising, le mailing et l’A/B testing, je connais. J’en ai déjà fait.

Les apprentis-sorciers

Qui peut se targuer de connaître un domaine comme sa poche? Pas grand monde. Et pourtant on en croise des experts: strategic director, head of numbers, lead designer, digital media specialist, communication expert, scrum master, data guru

Quel poids accorder à cet étalage d’adjectifs grandiloquents qu’on voit fleurir sur LinkedIn? La plupart de ces apprentis-sorciers ont à peine cinq ans de métier. Ça n’empêche pas tout ce beau monde de scander haut et fort des avis bien tranchés.

Un haut-potentiel en psychologie de comptoir, des facilités au jeu de go, un stage en haïkulogie scandinave ou un tatouage tribal ne suffisent pas à transformer un néophyte enthousiaste en account manager solide, en fin stratège, en créatif génial ou en designer inspiré. Alors entre moldu mordu et expert pépère, où placer la frontière?

La saison du melon

Je connais beaucoup de choses, mais un peu. Il m’arrive de croiser un vieux singe qui ne connait qu’une seule branche, mais beaucoup. Et je grimace quand je croise quelqu’un qui sait tout sur tout!

Ce billet ne fait pas l’apologie de la maturité. Jauger un talent à ses diplômes et années d’expérience est réducteur:

Il y a le calendrier de l’âge et celui forgé par la vie.

Les jeunes pousses (ou vieilles branches) passionnées qui se lancent corps et âme dans une discipline sont remarquables et à encourager. À condition de ne pas oublier une variable clé de l’équation du développement professionnel. L’humilité.

Placer le curseur

On connaît tous une personne dotée d’une grande conscience professionnelle, qu’on décrira comme consciencieuse ou scrupuleuse. Vous l’avez? Maintenant évaluez son niveau de confiance en soi. Je devine qu’il est bas! Avec son perfectionnisme et son humilité exacerbée, je parie mon annulaire qu’elle n’est jamais satisfaite.

À l’inverse, une personne qui a une grande confiance professionnelle a peu de chances d’être humble et consciencieuse. D’expérience, plus une personne clamera son expertise et sa compétence, moins elle sera prête pour une remise en question.

Tout l’exercice d’une carrière sera de trouver le bon équilibre dans cette polarité.

Les grands sages forgés par l’expérience et les remises en questions existent, mais ils se comptent sur les doigts de la main. Faisons-en nos mentors.

Je gère des campagnes publicitaires à 360 degrés. Ça signifie explorer chaque jour de nouveaux sentiers. Là où l’expert tourne en rond dans son bocal, le généraliste multiplie les récipients de connaissance. Il n’a qu’un cerveau et qu’une vie et ne pourra donc jamais tous les remplir. Je ne suis pas un expert de tout, mais j’y travaille, un morceau à la fois!