C’est l’histoire d’une endive qui s’échappe de l’exploitation agricole où elle a poussé pour découvrir le vaste monde. L’histoire se décline en conte de fée, en roman noir, en rapport d’un policier-stagiaire et en pièce de théâtre tragicomique. Avec quelques allusions typiquement belges (chicon, notamment!), l’action ayant lieu dans une petite ville hennuyère au sud-ouest de la Belgique.

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3ème déclinaison : Conte de fées

Le chicon voyageur

Dans un plat pays lointain, il y avait une ferme. Dans cette ferme vivait un géant, Dirk. Il passait ses journées posté à la fenêtre de sa cuisine, qui donnait sur un champ. Les yeux de Dirk ne quittaient jamais ce champ, dont la surface brumeuse était occultée par un grand manteau noir qui peinait à contenir l’air froid et les pluies diluviennes. C’est dans ce champ qu’était retenu prisonnier le peuple opprimé des chicons – ainsi nommait-on les endives dans cette étrange contrée.

Chaque jour, le géant faisait des rondes sur un grand destrier de fer. Il veillait à ce que les chicons ne voient jamais la lumière du jour et de temps à autre, il inondait le champ d’une mixture nauséabonde. À l’ombre du grand manteau noir, les chicons pâles et affaiblis se terraient sous une maigre couche de fumier, craignant de croiser le regard fourbe de leur tyran. Parmi eux, Wittelouf, un jeune chicon, rêvait éperdument de prendre un grand bain de soleil (et de liberté).

L’hiver interminable touchait à sa fin. Alors que le soleil, discret jusqu’à ce jour, perçait timidement la lourde chape de nuages gris, Dirk enfourcha son taureau métallique avec grand fracas et se dirigea vers le champ pour asperger à nouveau ses prisonniers d’une de ses maudites potions. C’en était trop pour Wittelouf, qui se résolut à s’enfuir. Au prix d’un gros effort, il parvint à se détacher du sol et à se dépêtrer du manteau noir. Avant qu’il ne s’enfuie, une vieille endive toute flétrie lui tendit un caillou:

— Prends donc ce cailloux, il te sera utile lorsque le danger menacera ton voyage…

C’est le cœur serré que Wittelouf s’éloignait du champ, la seule maison qu’il n’avait jamais connu. Soudain, au détour d’un amas de terre, il croisa le grand monstre de fer piloté par Dirk. La machine vrombissante se dirigeait droit sur lui, entourée d’une nuée verdâtre qui faisait tomber raides les mouchettes, avec la ferme intention d’écraser Witloof sous ses immenses roues noires. Wittelouf repensa alors au caillou que lui avait offert la vieille. Il le saisit dans sa main et le lança de toutes ses forces vers Dirk le géant. Dans le mille: le moteur toussota et finit par s’enrayer. La machine se stoppa net, à un jet de pierre de l’infortuné chicon, qui poursuivit sa fugue sans demander son reste. Au loin, les jurons du géant s’éloignèrent jusqu’à devenir un faible murmure: « Gotferdommmme! ».

Le chicon marchait depuis plus de deux heures lorsqu’il entendit une douce mélodie s’échapper d’une haie. Il écarta des branches et aperçut un potager constellé de chicons. Non pas des endives amères comme il avait toujours connues. Celles-ci étaient vives et joyeuses. Un jardinier au corps grand et sec, les pouponnait avec délicatesse, en fredonnant des ritournelles. Une dame chicon l’aperçut et lui fit signe de la rejoindre. Wittelouf plongea son regard sur elle. Une longue chevelure blonde s’étendait avec grâce le long de son long manteau blanc nacré. Elle lui rendit un sourire complice:

— Soit le bienvenu dans la royaume de la Perle du Nord.

À cet instant, le chicon sut qu’ils allaient être heureux et qu’ils auraient beaucoup de carottes.

 


 

1ère déclinaison : Roman noir

Rescapé de l’amer

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2ème déclinaison : Saynète de théâtre tragicomique

La complainte d’un chicon trop amer

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4ème déclinaison : Rapport d’enquête d’un policier-stagiaire

RAPPORT D’ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

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Crédit illustration: Clarisse Rebotier