« Bonjour, respectable citoyen de l’Italie, descendant des César romains et des hardis Bersaglieri, proféra Séraphim dans un italien des plus passables. Bonjour! Je suis heureux de vous saluer au nom du peuple frère de Moldavie! Auriez-vous l’amabilité de nous indiquer l’église la plus proche et de ne pas nous dénoncer à la police, s’il vous plaît? Je vous remercie. Mes compliments les plus sincères.»

L’ÉPOPÉE INFERNALE

Ce roman caustique, drôle et grotesque est une sorte d’épopée infernale depuis les pauvres terres moldaves, où errent les chiens décharnés, jusqu’à l’Italie où « les robinets déversent du miel au lieu de l’eau, les baignoires sont pleines de carpes bien grasses et les femmes de ménage gagnent mille euros par mois ».

Atteindre le Graal qu’est l’Italie? Rien de plus simple! Il suffit de s’acquitter de la somme colossale de 4’000€ demandée par les « tours opérateurs ». Pour rassembler cette somme, les initiatives farfelues des habitants de la ville de Larga vont de la revente du sacro-saint tracteur familial au don de son propre rein après autogreffe de rein de cochon, et je passe d’autres roubleries croustillantes. Mais une fois le pactole amassé, les passeurs se jouent d’eux en les baladant 3 jours dans toute la Moldavie pour les déposer à 40 kilomètres de leur village. C’est alors que les candidats émigrants passent aux choses sérieuses et que la course vers les rivages italiens commence réellement…

Sur la ligne de départ:

  • Séraphim et Vassili, respectivement poète et ingénieur, qui tentent de rejoindre la péninsule italienne par la voie des airs (avec un tracteur volant) avant celle des fonds marins (avec un tracteur sous-marin) avec pour objectif d’y admirer les statues de Michel-Ange.
  • Le pope Païssii, qui lève malgré lui une armée de 100’000 moldaves pour sa sainte croisade en Italie avec pour objectif d’y rejoindre sa blonde délurée qui l’y a remplacé par un beau latino.
  • Le président Voronine qui soudoie l’équipage de son avion pour se faire parachuter en Italie avec pour objectif d’y ouvrir une pizzeria, fort de ses 10’000€ d’économie.
  • Les habitants de Larga, qui tentent de passer la frontière en s’improvisant équipe de curling avec pour objectif de décrocher un visa d’équipe nationale.
  • Un tas d’autres migrants dont on croisera la route…

Qui arrivera le premier sur la terre promise?

 

CAUSTIQUE ET DÉJANTÉ

Cette course infernale vers le rêve italien est un curieux bijou à la croisée entre l’Odyssée d’Homère et les Fous du volants de Hanna-Barbera. Une autre particularité du roman: l’histoire racontée tour à tour par Séraphim, l’instituteur du village qui s’improvise chroniqueur de la croisade du pope Païssii, l’apprenti philologue Octavian, des articles de presse… Pour eux, tous les moyens (y compris les plus loufoques) sont bons pour atteindre la belle Italie. Autant de visions du mythe d’une contrée où les attendent travail, prospérité et brunes incendiaires. Des regards qui se mêlent et se croisent, formant une fable rocambolesque et hilarante, dans laquelle les protagonistes n’ont en commun que leur projet d’émigrer au plus vite. Le tout est conté par la plume déjantée de l’auteur, à laquelle on ne peut qu’adhérer.

Tous les moldaves rêvent de quitter leur pays, qui est le plus pauvre d’Europe. L’auteur, Vladimir Lortchenkov (interview ici), est bien parvenu à quitter la Moldavie. Qu’en sera-t-il de Séraphim, Vassili et les autres? La réponse dans le livre!

Ma note: 8,7/10