« Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Or il n’y a que ça sur terre. C’est pourquoi j’ai un problème avec les gens. Dans le passé, j’aurais eu maintes occasions de me lamenter sur mon sort mais j’ai toujours résisté à ce qui a transformé le monde en grand pleurnichoir…»

 

105 ANS, 105 VIES

Le roman La cuisinière d’Himmler célèbre l’hédonisme tout en faisant l’apologie d’une vengeance jouissive. On y découvre la vie rocambolesque d’une truculente et délurée centenaire répondant au doux nom de Rose. Une femme de 105 ans qui a eu 105 vies. Elle a traversé le monde et les époques: le génocide arménien à Trézibonde, la vie dans la rue à Marseille, les rafles à Paris, le pilotage du nazisme depuis Berchtesgaden, le rêve américain à Chicago et les conséquences meurtrières du maoïsme à Pékin.

Le fil conducteur, c’est la cuisine: une discipline dans laquelle Rose excelle autant que dans la séduction, le déni et le meurtre. La vie joue sans cesse des tours à Rose et lui ôte les êtres qui lui sont chers. Elle se console en saisissant toutes les chances de dévier sa trajectoire de vie. Quand le besoin se fait trop pressant, elle se fait justice toute seule en supprimant ceux qui se sont attaqués à ses proches.

 

DÉCAPANT, DÉRANGEANT, DÉSOPILANT

Draguer Sartre et Simone de Beauvoir, jouer avec la libido de Himmler, assassiner froidement le préfet de police de Marseille, noyer le maire de Trézibonde ou encore partager sa couche avec un vigoureux chinois, une plantureuse malienne et un américain de type obèse… Franz-Olivier Giesbert semble utiliser ce récit comme catharsis pour y purger ses fantasmes les plus fous.

Les relations sulfureuses de Rose, qui flirte avec des gens peu recommandables, allant là où le vent la pousse, amènent des situations parfois dérangeantes qui nous poussent à redéfinir la frontière entre le bien et le mal (loin d’être manichéenne dans ce livre).

Ce roman, plutôt bien écrit et cohérent, se transforme parfois en terrain de jeu pour l’auteur qui y jongle avec des exercices de style. En fin de livre, on retrouve les recettes citées dans le récit.